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Histoires ardennaises

L'histoire se répète , les historiens aussi !

La Marche de la faim du 22 et 23 février 1935

 
Les années 1930 furent des années des  crises économiques et sociales graves.
 Les ouvriers, petits commerçants, paysans, petites gens en subiront les effets désastreux.
Dans notre département, les ravages avançaient à un rythme effrayant.


Sous l'impulsion  , entre autre , de Jules Fuzellier ( Secrétaire CGT des Ardennes) ,
la Marche de la Faim et Chômeurs Ardennais verra le jour , notamment ,grâce à la mise en place de Comité de Chômeurs dans diverses localités ardennaises .


Le but de cette Marche était de revendiquer : " du travail et du pain " !


On y retrouvait des Chômeurs, fonctionnaires, ouvriers des usines, anciens combattants, artisans, petits commerçants.


En effet ,10.000 travailleurs ardennais étaient sans emploi .Les petits  commerçants et paysans se trouvaient dans l'impossibilité de vendre leurs produits . 

Le préfet  tentera d'interdire cette marche de la Faim.


Vendredi 22 février 1935 :


- Départ de Deville. Malgré la pluie et la neige.
 Les Marcheurs de la Faim  s'achemineront vers Mézières soutenus  par les ouvriers locaux , en scandant  : « Du travail et  du pain  !»

Les revendications :


- Ouverture immédiate de grands travaux d'utilité ouvrière pour occuper tous les « sans-travail » à un salaire rémunérateur. 


- Prise en charge par l'Etat de la totalité des allocations 


- Augmentation de deux francs du taux de l'allocation de chômage 


 -Exonération des impôts : suspensions des poursuites ; saisies et expulsions des chômeurs de leurs logements ; exonérations des loyers et paiement d'une indemnité compensatrice aux petits propriétaires.

-Convocation extraordinaire du Conseil général sur la question du chômage ; avec possibilité d'intervention des délégués des chômeurs à cette séance.


- Reconnaissance du comité de chômeurs'
.- Pointage tous les deux jours et à heures fixe  '
- Secours en nature, tels que : charbon, vêtements, chaussures, denrées alimentaires, etc. ...

- Application stricte de la Loi de 8 heures. Plainte par les municipalités avec partie civile contre les employeurs violant la Loi ;


Jules Fuzellier *   (CGT -08) ne disait il pas aux interlocuteurs adverses :


"Est-ce un crime que de réclamer du travail et du pain?

 

 Arrivée à Deville.

Les Marcheurs de la Faim seront reçus  cordialement par la municipalité qui fit  bien les choses en préparant un copieux casse-croûte et des boissons chaudes à ceux qui avaient affronté la fatigue, la pluie, la neige, le froid .

Arrivée à Monthermé .                                                                                                       

Une forte délégation des chômeurs  renforça les « sans-travail » qui se dirigeront sur Château-Regnault où, là aussi, une délégation les attendait . Cette marche se dirigera sur Levrezy où Mr Compin ( Maire de cette commune )  souhaitera la bienvenue aux chômeurs et les conduira à la salle des fêtes, où ils seront dirigés vers les restaurants  où les attendait un copieux repas.

Ensuite, malgré la pluie, la colonne poursuivit sa marche vers Braux.

Arrivée à Nouzonville. 
Le Commissaire de police  dressera des contraventions . Le Comité local des chômeurs les dirigera vers les restaurants désignés. 
La municipalité,  refusera de les recevoir  .
1000 personnes seront présents au meeting ayant été tenu après le repas .
 

Samedi 23 février:
 Des délégués de la vallée de la Semoy, de Neufmanil, de Montcornet, et de la vallée de la Meuse viendront encore renforcer ce rassemblement 
 Avant le départ pour Charleville, un substantiel casse-croûte fut distribué à tout le monde.

Ce fut une masse de plus d'un millier de manifestants qui ira vers Charleville, saluée par la population et par les ouvriers qui s'étaient réunis devant les usines  .


Arrivée Charleville :
M. le Commissaire de police dressera de nouvelles  contraventions.

Le meeting ne put avoir lieu que sur la place Ducale car l'endroit prévu à cet effet était trop petit . 
Le cortège ira sur la place Ducale . Après les interventions de leurs délégués, les chômeurs se rassemblèrent en cortège et prendront la direction de Mézières où ,à la Préfecture, devaient être déposées les revendications.

Face au nombre de marcheurs et leurs  disciplines  , le Commissaire de police se proposa de servir d'intermédiaire entre les chômeurs et le Préfet. Une délégation fut désignée .
Malgré la démarche du M. le Commissaire , le  Préfet ne voudra pas recevoir de délégation.

Qu'ils reviennent un autre jour, dira t-il !

Naturellement, les milliers de chômeurs qui s'étaient  massés devant la préfecture  refusèrent cette réponse. 


Sans aucune sommation, les gardes mobiles chargeront, sans ménagement  .
Les crosses de mousquetons s'abattront sur les crânes des hommes, des femmes et des enfants .
On relèvera de nombreux blessés ainsi que des arrestations massives .


Condamnations:

Taillard Pierre,  1 mois de prison.

Génon Lucien-André, 1O jours de prison.

Fay Lucien.  15 jours de prison.

Compas Jean,  1 mois de prison  avec sursis et 16 francs d'amende. 

Jonet André,  16 francs  d'amende. 

Andry Robert,  4O jours de prison avec sursis et 10€ francs d'amende


Vilvandré Jean,  6 jours de prison avec sursis. 

Gallit Emile,  20 fr.  d'amende. 

Les manifestants ont été défendus par  M" Delvallée et Vignon. 

  *   Jules Fuzellier :

La bonne orthographe du nom est avec 2 " L " . Bien que l'origine de cette  faute ne soit pas clairement établie , celle ci   est sans doute due à une erreur de transcription , vu l'époque particulière  et au transfert de la dépouille [ 1946 ] !

Démobilisé après 1940, il remettra le bleu de travail  à l’usine Métayer.
Jules Fuzellier entra en résistance et sera arrêté deux mois plus tard par la police française et condamné à cinq ans de prison, coupable d’avoir distribué des tracts appelant à la Résistance.
Prisonnier à Caen il sera livré par le régime de Vichy aux Nazis, début 1942.
En représailles aux attentats commis sur des soldats allemands par la Résistance, il sera exécuté comme otage , le 14 février.
En 1946 , soit 4 ans plus tard ,une foule silencieuse et compacte, lui rendra hommage en présence , bien entendu de sa famille .Et du Ministre du Travail et de la Sécurité sociale de l’époque, Ambroise Croizat.
 

Jules Fuzellier .Plaque située à la Bourse du Travail


 

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