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Histoires ardennaises

L'histoire se répète , les historiens aussi !

Grève de 1948 : Robert Thibout et les trains fantômes ardennais 


Le contexte 
En 1948 , le rationnement  existait encore .Il durait depuis 8 ans .

L'inflation galopait à raison de 50 % par an depuis 1945 , soit 150 % en 3 ans .

Certains prix de denrées importantes avaient été multiplié par 5 .

S'ajoute en 1947 ,une récollte de blé catastrophique .Le rationnement entraina une explosion des maladies dans le milieu ouvrier et chez les enfants .
Pour relancer l'économie et l'indépendance de la France , les mineurs des Charbonnages de France seront mis fortement à contribution .Les mineurs ne rechigneront pas à leurs tâches car ils étaient bien conscients de leur importance dans le système économique de l'époque .

Mais c'est sans compter sur l'attitude   du gouvernement de Vincent Auriol   .

 

En effet , celui ci  mit les feux  aux poudres en voulant supprimer   la coopérative centrale du personnel des mines qui jouait un rôle essentiel dans le contexte de privation que subissait la population .

De ce fait , les mineurs se mettront en grève .

 

 

En 1947 , il y avait eu près de 23 millions de journées de grève en France . 


Les grosses corporations comme les  dockers et cheminots s'inscriront dans ces mouvements sociaux de grandes envergures  afin de revendiquer de meilleures conditions de vie , de meilleurs salaires etc ...


Les trains fantômes ardennais:
Face aux difficultés de la population  ,les cheminots prendront des initiatives qui ne seront pas du goût du gouvernement , ni de la SNCF , nationalisée depuis 1937 .

Les centres ferroviaires ardennais de Charleville, Mohon, Lumes et Amagne étaient paralysés . Ce qui privait la population de produits essentiels .


Le syndicat CGT des Cheminots de Mohon était dirigé par Robert Thibout ( 1 ) .

Il prit  la tête des grévistes qui firent circuler ces fameux trains fantômes .


Il sera décidé d' approvisionner ,  la commune de  Challerange en lait ,afin d’assurer un grand  ravitaillement de la population de la vallée de la Meuse .


Pendant 3 jours , les grévistes feront circuler des trains fantômes afin d'alimenter la population du nord des Ardennes 


48 cheminots furent  inculpés et  comparurent devant le tribunal correctionnel de Charleville le 1er juin 1949. Le jugement rendu le 29 juin condamna sévèrement vingt-et-un grévistes dont certains seront  révoqué (licenciés).

 

Repression :
Les grèves de 1948 furent énormément réprimées par le ministre socialiste  Jules Moch . 
En effet ,les révocations de fonctionnaires , de mineurs ,de dockers , de cheminots  tombèrent .Près de 3000 condamnations et 1100 condamnés à la prison ferme . Tous ceux et toutes celles qui avaient acquis un grade militaire dans la résistance au nazisme furent dégradés (fait très rare dans l'histoire de France).

Les ouvriers d'origines étrangères ayant participés aux grèves  seront souvent expulsés .Il fut même un temps où le gouvernement SFIO chercha à enlever la nationalité à ceux qui l'avait obtenu avant cette grève .

 

Robert Thibout :
Robert Thibout était le fils d’un menuisier à la Compagnie des chemins de fer de l’Est et d’une mère au foyer.

Après la Première Guerre mondiale, son père Marcel Thibout vint travailler aux ateliers des chemins de fer de Mohon (Ardennes).

Robert sera apprenti à la Compagnie des chemins de fer de l’Est en 1930 où il  devint ajusteur.
Pendant la 2 ème guerre mondiale , il sera fait prisonnier puis transféré dans un camp au pays des Sudètes (Tchéquie , aujourd'hui). Il réussit à s’évader le 20 novembre 1941.

Le 11 novembre 1943, il fit partie des cheminots qui débrayèrent pendant une heure au nez et à la barbe de l'occupant nazi .

Il participera aussi avec d'autres cheminots  à une série de sabotages de matériel en janvier 1944.
Aux élections municipales du 19 octobre 1947, il fut élu conseiller municipal de Mézières sur la liste du PCF qui remporta six sièges.


En 1935, il obtint un prix d’excellence, catégorie trombone, à Paris. À vingt-deux ans, il devint professeur à l’école de musique de Mohon et dirigea l’Harmonie La Prolétarienne. Après la Seconde Guerre mondiale, il fut directeur de l’Harmonie de Mézières jusqu’en 1966, puis de l’Harmonie de Charleville-Mézières, et professeur au conservatoire de Charleville-Mézières. Après sa révocation de la SNCF, Robert Thibout exerçera son métier d’ajusteur à  La Macérienne à Mézières. Il partit à la retraite, en qualité de contremaître, le 1er mars 1977. Il fut réintégré en 1982 à la SNCF.

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