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Le Cheval Ardennais : le seul qui a survécu lors de la retraite de Russie

L'Ardennais est une très ancienne race rustique de cheval de trait, de taille moyenne, à la robe
généralement baie ou rouanne. Il est historiquement élevé dans la région des Ardennes, qui lui a donné son nom . Connu et mentionné depuis l'Antiquité romaine où il sert à la
remonte des armées, l'Ardennais devient jusqu'au début du xixe siècle l'une des meilleures races de chevaux de selle et de trait léger pour la traction du matériel d'artillerie militaire.
 Sous l'empire napoléonien, les ardennais sont réputés pour avoir survécu à la
campagne de Russie, où 13 000 chevaux trouvent la mort.

De nombreux croisements et une sélection rigoureuse des éleveurs orientée vers les travaux
 agricoles transforment la race dès le milieu du xixe siècle, pour en faire le cheval de trait
 lourd et puissant connu de nos jours. Destiné à la traction du matériel agricole, l'Ardennais
est aussi un grand améliorateur de races. Il donne naissance à l'Ardennais suédois et à de
nombreux autres chevaux de trait, tels que l'Auxois et le trait du Nord. La fin de la traction
hippomobile et l'utilisation du tracteur motorisé entraînent le déclin de son élevage, et une
réduction drastique de ses effectifs.


L'Ardennais est l'une des races de chevaux les plus anciennes de France et de Belgique, il
s'agit probablement du plus ancien cheval de trait d'Europe. Son élevage dépend longtemps
 des besoins humains pour la guerre4. Il est utilisé à l'origine tant comme cheval de trait
 que comme cheval de selle4. Avant la seconde moitié du xixe siècle, il est réputé comme cheval de selle, de modèle beaucoup plus fin et léger que l'actuel.
Cantonné au rôle presque unique d'animal de boucherie durant deux décennies, l'ardennais
bénéficie au début du xxie siècle d'un nouvel engouement dû au côté écologique de son utilisation  pour l'entretien des espaces verts, le débardage en forêt et les loisirs équestres, grâce à son  habileté sur le terrain. Bien que considéré comme en danger critique d'extinction à l'échelle européenne, il est la quatrième race de cheval de trait la plus représentée en France.
Les éleveurs belges ont développé par croisements une nouvelle lignée destinée à l'attelage de
compétition, l'Aratel. En raison de son lien historique avec sa région d'origine, fertile en
légendes, l'Ardennais est assimilé à la monture héroïque des quatre fils Aymon, le cheval Bayard.

Origines

La présence de chevaux est attestée dans la région des Ardennes depuis les temps préhistoriques,
puisque le site du roc la Tour, à Monthermé, a révélé deux plaquettes de schiste gravées d’une
tête de cheval. D'après Amélie Tsaag Valren, l'Ardennais appartient au « rameau ardenno-flamand », un groupe de races de chevaux lourds originaires des Flandres et de l'Ardenne. La théorie obsolète « des quatre lignées » en fait un descendant d'une sous-espèce disparue appelée cheval  des forêts (Equus caballus germanicus), ancêtre commun de nombreuses races de chevaux massifs d'Europe de l'Ouest. Il a longtemps été décrit comme un descendant direct du cheval de Solutré, qui vivait au 50e millénaire av. J.-C. dans les bassins de la Saône et de la Meuse, et se serait établi sur des plateaux schisteux au climat rigoureux à la même époque. Cette théorie est également obsolète, aucune donnée ne prouvant que des chevaux du site de Solutré aient migré vers les Ardennes.

Antiquité

La race ardennaise est la seule parmi les races de chevaux actuellement présentes sur le
 territoire belge à être mentionnée dès l'Antiquité. Les chevaux des Ardennes sont signalés
par l'historien grec Hérodote, qui note les qualités des cavaliers du Nord de la Gaule.
 Jules César écrit qu'il trouva dans la « deuxième Belgique », dont les Ardennes font partie,
 des animaux « rustiques, durs et infatigables » à l'époque de la guerre des Gaules.
 La population de chevaux sauvage locaux est très prisée pour remonter différentes armées.
 Il semble qu'une garnison de 500 chevaux est présente à Carignan en 284, et que Mouzon soit
 un centre d'élevage et de formation pour la cavalerie romaine en 440. Sous le règne de Néron,
 un attelage de juments ardennaises est destiné à cet empereur, qui prétend être l'un des
 meilleurs conducteurs de quadrige du cirque.

Durant le Premier Empire, tous les chevaux d'artillerie viennent des Ardennes ou de Bretagne.
 Ils sont utilisés dans les armées comme monture et pour tirer les canons. Le cheval ardennais
 est décrit comme un petit animal de selle et de trait léger réputé pour sa rusticité, sa
 sobriété et son endurance. Il résiste longtemps aux fatigues de la guerre, et passe pour un
 très bon cheval de service. Capable de résister aux intempéries et aux privations, de se nourrir
 de mousse et de lichen, l'ardennais est si réputé que les zootechniciens se demandent « s'il
 existe une bête plus solide et plus résistante dans quelque pays ». Décrit comme « nerveux et
 infatigable », sa conformation courte et ramassée en fait un cheval « ni beau ni distingué »,
 mais réputé pour son fond, sa résistance et son énergie, doué d'une grande longévité, et dont
 les qualités sont précieuses pendant la campagne de Russie.

La morphologie de l'Ardennais, tel qu'il est décrit en 1780, rappelle les chevaux des hussards,
 avec une tête sèche, carrée et un peu camuse, un œil proéminent, des oreilles courtes et bien
 plantées, une physionomie intelligente et éveillée, une encolure droite, des épaules plates,
 un poitrail étroit et un garrot élevé. Il toise entre 1,42 m et 1,52 m, et pèse environ 500 kg.
 Il tire les diligences et de petits véhicules de commerce, des wagons, des chariots de postes,
 et forme un cinquième de la cavalerie des gendarmes.

 

En 1802, le général Loison est en garnison à Liège et remonte le 26e régiment de chasseurs à cheval sur de jeunes chevaux ardennais achetés à la hâte, qui résistent à la campagne d'Allemagne et rentrent en France « parfaitement intacts » . Napoléon Ier, qui proclame la race comme « infatigable », ordonne leur croisement avec le cheval Arabe vers 1810, pour leur apporter du fond et de la résistance..

Tableau représentant des cavaliers et des soldats napoléoniens au cœur de l'hiver russe.
Retraite des Français à Moscou en 1812, peinture de January Suchodolski en 1844. La campagne de Russie coûte la vie à environ 13 000 chevaux. Seuls les Ardennais y auraient survécu.
Un épisode lié au cheval ardennais a largement marqué la mémoire populaire. Cette race serait la seule à être revenue de la campagne de Russie, où 12 000 à 14 000 chevaux trouvèrent la mort (une autre source fait état de 30 000 chevaux morts en une seule nuit). Les militaires survivant à cette expédition racontent que les chevaux ardennais se contentaient pour toute nourriture du chaume qui recouvre les habitations, et qu'ils résistaient au froid, à la fatigue et à la faim.

Près de 40 ans plus tard, les éleveurs belges se racontent l'histoire comme une légende locale : « Napoléon prisait fort leurs qualités et des régiments venaient recruter leurs montures chez nous. Dans la fatale retraite de Russie, les chevaux qui résistèrent le plus longtemps, ceux qui supportèrent la faim et la fatigue, et qui revirent encore, mais en bien petit nombre, les champs de victoire du départ, ce furent nos petits ardennais ».

En 1985, l'Historien Jean-Pierre Penisson synthétise les travaux menés sur des restes de chevaux préhistoriques retrouvés dans la région ardennaise6. Selon lui, ils appartiennent à des sous-espèces différentes6. Durant le Würm II, deux ou trois espèces de chevaux du type Equus caballus semblent avoir vécu dans la région de Dommery, notamment Equus caballus germanicus et Equus caballus gallicus. Selon le laboratoire de géologie du Quaternaire et Préhistoire de l’université Bordeaux I, ces chevaux pourraient être à l'origine de l'Ardennais6. Les chercheurs belges remarquent qu'à la même époque, Equus caballus germanicus est progressivement supplanté par Equus caballus gallicus, un animal svelte et de taille plus réduite. Equus caballus gallicus devient un gibier très prisé dès la fin du Paléolithique supérieur.

L'ancêtre du cheval ardennais est probablement, comme le sont toutes les races avant l'organisation de l'élevage équin en France, de petite taille (environ 1,40 m au garrot), bien que des squelettes de chevaux toisant 1,50 m, déterrés dans la région, soient cités comme ancêtres de l'ardennais actuel14. Plusieurs populations humaines ont côtoyé ces chevaux, pour s'en nourrir et plus tard les domestiquer, au moins à partir des Gaulois.

 

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À propos

Marc M

Généalogiste amateur et passionné d'histoire de mon département , les Ardennes . Histoire souvent méconnue !!!
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